Quand je t'ai connue, t'étais qu'une gosse. Une gamine qui sortait d'un collège de campagne, de bonnes notes, une petite qui aimait les chevaux et sa meilleure amie, qui portait des pulls en laine. Moi, j'avais déjà connu la haine, la violence et l'injustice, je connaissais la solitude, je voyais peu à peu le monde et ses yeux venimeux sous son masque blanc de théâtre. J'avais déjà les mains sales. Et toi, toi et ton intelligence innocente, toi et ton humour absurde, décalé, toi et tes envies de connaître le monde, de te faire une place... toi si pure. J'avoue, tu m'as séduite. Tu étais celle qui se détachait, celle qui emmerdait le monde à sa façon, celle qui me poussait à me révolter sans le savoir. Tu étais celle qui ne portait pas de marques, qui emmerdait la société. Tu étais la seule dont les yeux brillaient... quand d'un sourire sincère tu répondais. Je t'estimais. Si pure, si sensible, si fragile. T'étais une proie facile. T'aurais pas dû me choisir pour te protéger. Tu voulais tout savoir, tout connaître, j'aimais ça. C'est juste que le monde n'était pas à ta hauteur. Mais toi, trop sensible, trop pure, tu prends les choses telles quelles sont. Et tu te laisses pourrir par elles. Tu as commencé par acheter des marques, pour être comme les autres. Tu voulais tellement ta place, t'as un c½ur tellement gros, t'as besoin que tout le monde t'aime, toi et pas les autres, toi seule. Tu as commencé à insulter ta mère, parce qu'elle comprenait rien, parce qu'elle savait pas être heureuse. Et tu aimes tellement le bonheur... Le monde n'est pas à ta hauteur... Mais toi, pauvre conne, tu portes tout le monde dans ton c½ur. T'as continué en fumant, pour faire comme les autres. T'as enchaîné les conneries, en pensant qu'on t'aimerait plus. Mais moi, j'ai pas suivi. Tu ne m'intéressais plus. Les voyous, je les connais, les moutons de la société, je les connais, ceux qui admirent les autres, je les connais, les êtres sans personnalité, je les connais. Toi t'étais pas comme les autres. Ridicule sur ton vélo aux yeux du monde, et pourtant si belle, si révolutionnaire... Mais que veux tu, le monde n'est pas à ta hauteur, mais désormais, tu le portes dans ton c½ur. Tu ne respectes plus rien. Je te vois courir au milieu du troupeau, tu as la même couleur que lui, tu te fonds dans la masse. Les gens de ce monde ont tous peur, ils meurent sans être heureux, ils vivent dans le mensonge, ils aiment se détruire avec leur monde. Tu fais partie de leurs rangs. Toi, tu étais courageuse, sans peur, heureuse, tu vivais dans la vérité, et tu voulais survivre. Je t'ai connu hors du commun, je t'ai aimé, et maintenant, comment te tirer hors du commun ? ... Que veux tu, le monde n'est pas à ta hauteur, et tu l'as encré dans ton c½ur... et moi... T'étais originale, spéciale sans le savoir, t'es devenue banale. Sur cette table en cours d'espagnol... je t'ai parlé parce que tu me plaisais. Et aujourd'hui, sur cette même table d'espagnol, je ne te parlerais pas. Parce que maintenant, tu fais partie de cette société, des filles de ton âge, que je hais. Toi t'étais un ange, un ange au c½ur en sucre, qui fond dès qu'on le caresse. Toi t'étais du vent, du vent qui chauffe sous le soleil, et moi...